samedi 17 décembre 2005

Le plan ANNAN de l'ONU pour Chypre : anachronique et anti européen

article du 07 septembre 2005 (sur l'ancien blog http://chypre.blog.lemonde.fr/chypre/)

On parle un peu du plan de l'ONU rejeté par les électeurs du sud de Chypre (envore contrôlé par la République de Chypre) à l'occasion du débat sur l'entrée de la Turquie dans l'UE.
Mais quand on parle du plan de l’ONU sur Chypre, encore faudrait-il l'avoir lu. Quel journaliste français peut prétendre en avoir une bonne connaissance ? La différence entre les principes affichés en début de plan et son contenu réel est scandaleuse pour tout européen soucieux de respect des droits de l’homme.

- le plan ANNAN ne prévoyait le départ d'aucun colon de Chypre (la majorité des habitants du nord de Chypre ne sont plus des chypriotes turcs mais des colons installés par la Turquie sur les terres des grecs expulsés); seulement des aides pourraient être accordées pour ceux qui voudraient partir (aides financées par les chypriotes);

- des quotas de résidence dignes de l'appartheid étaient prévus par le plan; certains "provisoires", pendant tout de même 19 ans; ainsi un chypriote grec ne pouvait pas s'installer dans une ville du nord si le quota de chypriotes grecs autorisés à habiter dans cette ville était dépassé (alors qu'un chinois ou un australien si); et tant pis s'il est originaire de ce village.

La possibilité de prendre des mesures pour que la population du nord ne soit pas peuplée de plus d'1/3 de chypriotes de langue maternelle grecque était également prévue dans le projet d'acte d'accession de Chypre à l'UE prévu dans le plan ANNAN - tant pis pour la liberté de résidence et de circulation au sein de l'UE.

- la plan ANNAN ne respectait pas le droit de propriété des personnes spoliées (80% des terres du nord de Chypre appartiennent à des chypriotes grecs que la Turquie spolie en "donnant" leur terre principalement à des colons de Turquie ce qui a été retenu par la cour européenne des droits de l'homme dans un arrêt Chypre/ Turquie); seuls les réfugiés de la région de Morphou et de Famagouste récupéraient totalement leur terre au bout de quelques années selon le plan; pour les autres, des bons d'indemnisation étaient prévus, basés seulement sur la valeur actuelle des terres et des bons garantis par rien payable plusieurs années après, principalement financés par les chypriotes eux-mêmes ( on leur accordait de s'auto indemniser des conséquences de l'invasion de la Turquie) ; et qui de toute façon ne compenseront jamais la perte de jouissance depuis 30 ans ce que seule la restitution complète peut faire; alors que la cour européenne des droits de l'homme a déjà condamné la Turquie à verser à des réfugiés un indemnisations pour les 30 ans de privation de leurs biens tout en reconnaissant que les biens devaient être restitués; c'est donc un recul; les chypriotes grecs croyaient qu'en choisissant la voie du droit et des négociations une solution serait forcément en accord avec les décisions de la cour européenne des droits de l'homme et avec la logique de l'union européenne; or tel n'était pas le cas; en out état de cause ces pseudo indemnisations cautionnent l'épuration ethnique , le but est que le nord reste très majoritairement peuplé de turcs alors que tel ne fut jamais le cas avant l'invasion et l’épuration ethnique.

- Chypre devenait avec le plan une confédération avec un gouvernement central faible; des systèmes d'alternance imposant un président chypriote grec et un résident chypriote turc à tour de rôle était prévu (même s'il y a 95000 chypriotes turcs hors colons et 600.000 chypriotes grecs); il y avait des systèmes de double majorité pour que la plupart des décisions importantes soient adoptées à la fois par les représentants du "nord" turquifié et du sud.
Autrement dit, risque de blocage; d'où création par le plan d'une cour de juges composée à un tiers obligatoirement de juges étrangers (non chypriotes) censés arbitrer les 2 communautés
ainsi Chypre deviendrait un état où la décision politique finale serait prise par des juges citoyens étrangers;

- en outre la Turquie la grèce et le royaume uni restaient états "garants", c'est cette possibilité d'intervention que la Turquie a interprété militairement en 1974 pour justifier l'invasion qui a conduit à l'épuration ethnique.

Il y avait une série d'autres mesures inacceptables; par exemple parmi les textes annexés au plan (9.000 pages quasiment inaccessibles) un texte prévoyait la possibilité pour la Turquie d'intervenir dans la protection de l'espace aérien chypriote.

Pour ma part je considère que ce plan continue à perpétuer la plaie qui pourrit Chypre depuis 40 ans : on continue à étiqueter les citoyens chypriote et à leur accorder des droits différents selon leur origine ethnique.

Mais surtout, il met de côté le fait que depuis maintenant presque 2 ans les chypriotes grecs et chypriotes turcs se rencontrent énormément (ouverture de la "ligne verte" ), que des dizaines de milliers de chypriotes turcs travaillent au sud, que Chypre est dans l'ue et que les mentalités ont changé : les chypriotes ovulaient rentrer dans l'UE pour être des citoyens comme les autres avec les mêmes droits, pas pour être soumis à ce type de régime.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Jamais Chypre aurait du adherer a l'UE sans que le conflit soit regle.Une nouvelle tres mauvaise gestion du dossier par BXL apres celui du Royaume-uni en 1973 et de la Grece en 81.

Anonyme a dit…

Au contraire, il était indispensable que Chypre entre dans l'Union européenne, car sinon cela revenait à faire dépendre son destin européen de la volonté de la Turquie. Ainsi celle-ci, en plus d'occuper 40% de son territoire, aurait dicté la politique européenne et de Chypre et des autres pays européens!
De même l'entrée de la Grèce était une étape indispensable à la construction européenne, mais inachevée : cette étape retrouvera tout son sens lorsque les autres pays du sud-est méditerranéen - Bulgarie, Serbie, etc - entreront dans l'Union et lorsque l'Union sera déterminée à devenir un espace de défense des intérêts de ses membres.
Aujourd'hui tout européen devrait considérer que le nord de Chypre est une partie occupée de son propre territoire. Tel n'est pas le cas aujourd'hui, malheureusement.

Anonyme a dit…

Le plan ANNAN baffoue ouvertement les droits et libertés fondamentales. L'Europe devrait s'impliquer à Chypre pour défendre ces valeurs au lieu de fermer les yeux devant le plan de l'ONU au nom d'intérêts à courte vue.

lavidadelosgatos a dit…

Euh ouais, s'il avait fallu attendre que le conflit se règle avant d'adhérer à l'UE, Chypre attendrait encore.

Tu es chypriote ?